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L’affaire de la viande de cheval qui secoue la Grande-Bretagne depuis
plusieurs jours vient de traverser la Manche avec l’annonce par Findus
France, vendredi 8 février, du retrait temporaire des rayons français de
trois de ses plats préparés.
Cette décision intervient après la découverte au Royaume-Uni
d’importantes quantités de viande de cheval dans des recettes censées
contenir du boeuf. Les produits concernés, des lasagnes bolognaises, du
hachis parmentier et de la moussaka, “ne comportent aucun risque
sanitaire”, a précisé la marque, qui “tient à s’excuser de ce problème
de conformité auprès des consommateurs” et qui se dit “conscient de
l’enjeu moral et culturel de ce problème”.
La marque a cependant souligné que “la viande de cheval identifiée
provient d’un abattoir agréé de l’Union européenne, qui produit du boeuf
et du cheval pour la consommation alimentaire humaine” et que cette
installation “se doit de respecter les normes sanitaires alimentaires en
vigueur”. Findus a assuré “qu’aucun des 200 autres produits de la gamme
Findus n’est concerné”.
Viande française
La viande était d’origine française et frauduleusement étiquetée
“viande bovine”, ont indiqué vendredi quant à elles les autorités
sanitaires du Luxembourg, où ces plats ont été préparés. La société
luxembourgeoise Tavola, qui a fabriqué les produits, a importé la viande
“auprès d’un fournisseur français”, a déclaré à l’AFP le directeur des
services vétérinaires du Luxembourg, Félix Wildschutz, en précisant que
les lots contenant du cheval indiquaient “viande bovine”.
“Il s’agit clairement d’une fraude à l’étiquetage, car on a vendu (à
Tavola, filiale du groupe français Cogimel) de la viande de cheval alors
que ça devait être de la viande de boeuf”, a ajouté le chef des
services vétérinaires du Grand-Duché. “Sur l’étiquette de la viande,
nous n’avons pas pu définir le pays d’origine de la viande, alors que
l’étiquetage doit être très précis. Il y avait uniquement mention d’une
origine CE (Communauté européenne, ndlr), mais ce n’est pas suffisant.”
Félix Wildschutz a précisé qu’une enquête auprès du fournisseur, dont
il n’a pas souhaité révéler le nom, a été demandée par ses services aux
autorités françaises et qu’à ce stade, aucune mesure n’avait été prise à
l’encontre de Tavola, la société luxembourgeoise ayant bloqué le
“restant de la viande incriminée” et rappelé la marchandise déjà
écoulée.
L’agence britannique de sécurité alimentaire (FSA) a annoncé jeudi
avoir découvert jusqu’à 100% de viande de cheval dans des lasagnes
censées être au boeuf, distribuées par Findus et fabriquées par la
société française Comigel, basée à Metz, qui a elle-même vendredi mis en
cause son fournisseur.
Numéro Vert
Selon le directeur des opérations de Findus, Christophe Guillon,
cité dans le communiqué, “dès lundi, Findus sera en mesure de reprendre
les approvisionnements avec des produits certifiés conformes à la
recette attendue”.
Findus France s’engage par ailleurs à “répondre aux questions des
consommateurs et à rembourser ceux qui auraient acheté des produits
potentiellement concernés par ce problème de conformité”, a-t-il indiqué
en donnant un numéro vert – 0800 20 50 53 – et un contact via son site
internet www.findus.fr.
Manger du cheval: un tabou britannique
À l’origine de cette affaire, il y a la découverte, au Royaume-Uni,
d’importantes quantités de viande chevaline dans des steaks hachés et
des lasagnes vendus dans des supermarchés comme des produits au boeuf.
L’affaire vire vite au scandale, dans un pays où le cheval est vénéré et
sa consommation taboue.
La viande équine n’est normalement pas disponible dans le commerce au
Royaume-Uni, pays par excellence des courses de chevaux, alors qu’elle
est consommée en Allemagne, en Suisse ou en France, où elle est réputée
pour sa tendreté et ses qualités gustatives.
C’est à la mi-janvier que le scandale sur la viande chevaline éclate:
les autorités irlandaises en découvrent dans de la viande hachée
produite au Royaume-Uni et en Irlande, et écoulée notamment chez Tesco,
la première chaîne de supermarchés. Des dizaines de millions de steaks
sont retirés des étals, et Burger King change de fournisseur, par mesure
de précaution.
Mais l’affaire prend une nouvelle ampleur quand l’Agence britannique
de sécurité alimentaire (FSA) annonce jeudi avoir trouvé que des
lasagnes censées être au boeuf contenaient pour certaines jusqu’à 100%
de viande de cheval. Les lasagnes en question sont distribuées par la
marque de surgelés Findus et fabriquées par la société française
Comigel, basée à Metz (est de la France).
L’Agence britannique de sécurité alimentaire (FSA) a réclamé vendredi
des tests sur tous les produits contenant du boeuf à la suite de la
découverte de viande de cheval dans des lasagnes Findus, et évoqué une
éventuelle piste pénale dans cette affaire qui suscite l’émoi au
Royaume-Uni.
Mais elle suscite l’inquiétude en demandant dans le même temps à
Findus d’effectuer “des tests pour identifier la présence éventuelle
dans les lasagnes de phenylbutazone”, utilisé pour traiter la douleur
chez les chevaux. Les animaux soignés avec ce médicament sont interdits
de consommation humaine, par crainte de “risque pour la santé”, précise
la FSA.
“Nous demandons que les entreprises alimentaires mènent des tests
d’authenticité sur tous les produits contenant du boeuf, comme les
hamburgers, les boulettes de viande et les lasagnes, et qu’elles
fournissent les résultats à la FSA”, a déclaré la directrice de la FSA,
Catherine Brown, dans un communiqué.
La directrice de la FSA a aussi sommé l’industrie alimentaire
britannique “de prouver que la nourriture qu’elle vend ou sert est bien
ce qu’il y a écrit sur l’étiquette”.
Des produits présents dans 16 pays
Comigel, le producteur français de surgelés impliqué a mis en cause
vendredi un de ses fournisseurs et a annoncé le retrait de tous ses
produits. “Nous avons identifié le fournisseur responsable”, indique la
société dans un communiqué, précisant avoir “retiré tous les produits
liés à ce fournisseur” et soulignant qu’il n’y avait pas de risque pour
la santé. Comigel indique avoir procédé à des contrôles “qui ont révélé
un problème de traçabilité avec l’un de nos fournisseurs”, de la viande
de cheval ayant été détectée “dans certains produits alors que toutes
nos commandes de viande requièrent exclusivement 100% de boeuf
certifié”.
Comigel pensait qu’il s’agissait de viande d’origine française mais
la PME française a appris en enquêtant auprès de son fournisseur qu’elle
venait en fait de Roumanie, a assuré vendredi son président, Erick
Lehagre. “Il y a huit jours, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait
un problème, après avoir été alertés par des gens sur le marché
britannique”, a-t-il expliqué. “Nous avons identifié le fournisseur en
cause: il s’agit de la société Spanghero”, basée à Castelnaudary dans
l’Aude, a-t-il poursuivi, précisant qu’il ne s’agissait pas de son
unique fournisseur. “Elle nous a indiqué que la viande venait d’un
producteur roumain. On a pu voir qu’elle venait d’abattoirs en Roumanie
qui abattaient et découpaient du boeuf et du cheval”, a-t-il poursuivi.
“Nous avons informé les autorités concernées en France et au
Luxembourg des résultats de nos investigations”, précise Comigel. La
société indique avoir “reçu la confirmation” de la part des services
vétérinaires du Luxembourg et des autorités françaises que la présence
de viande chevaline “ne soulevait pas de questions de santé publique”.
Comigel est une entreprise française de production de produits
surgelés, spécialisée dans la fabrication de plats à marque
distributeur. Son siège social est installé à Metz, mais l’usine de
production de sa filiale Tavola se trouve au Luxembourg. Dans un
communiqué diffusé vendredi, l’entreprise précise que ses produits sont
distribués dans 16 pays.
Le ministre de l’Agriculture et de l’agroalimentaire Stéphane Le Foll
a considéré vendredi “pas acceptable” le fait de trouver de la viande
de cheval à la place du boeuf dans des plats cuisinés.
Pendant ce temps, en Grande-Bretagne les bookmakers se régalaient
vendredi, et pariaient sur les animaux dont la viande pourrait être
décelée dans des produits vendus en supermarché: en tête, le cerf,
l’âne, le chien, l’écureuil ou encore… le zèbre. “Heureusement, il y a
Findus.”